Entre plaisir occasionnel, usage problématique et dépendance, les limites ne sont pas toujours faciles à discerner. Derrière chaque addiction se dessine une histoire singulière, où les substances n’expliquent pas tout.
«On ne devient pas dépendant du jour au lendemain.» Pour Thomas Urben, directeur d’Addiction Valais, l’addiction s’inscrit dans un processus singulier qui se déploie dans le temps.
«Une première expérimentation, souvent par curiosité ou dans un moment festif, reste la plupart du temps occasionnelle. Chez certaines personnes, l’usage devient problématique, sans que cela mène forcément à une dépendance. Et une dépendance n’est jamais définitive.»
Quand la substance occupe une place grandissante, sans être encore ressentie comme un besoin, une personne peut rester à ce stade toute sa vie, mais en s’exposant toutefois à des troubles physiques ou psychiques à long terme.
La dépendance se situe au bout de ce continuum, lorsque les habitudes basculent: les quantités augmentent, les limites initialement fixées sont repoussées et le contrôle de la consommation s’effrite.
“L’addiction commence quand on ne consomme plus pour le plaisir, mais pour ne plus souffrir.”
Thomas Urben
Directeur d’Addiction Valais
Mais rien n’est écrit d’avance. «L’addiction naît de la rencontre entre un individu, un produit et un environnement», rappelle Thomas Urben.
«Les vulnérabilités individuelles, les propriétés des substances, l’environnement familial et social façonnent le parcours. À produit identique, chacun peut développer un rapport différent à sa consommation.»
Quand les limites s’effacent
Comment déceler le basculement vers une consommation problématique? Trois indicateurs majeurs doivent alerter: la perte de contrôle, la poursuite de la consommation malgré ses conséquences négatives et la place croissante du produit dans ses préoccupations.
La personne organise progressivement son quotidien autour de la substance, parfois pour anticiper le manque ou simplement parvenir à fonctionner.
Les répercussions peuvent être scolaires, professionnelles, familiales, financières ou sanitaires.
«On observe souvent qu’une consommation en précède une autre, mais cela ne prouve pas que la première entraîne la seconde.»
«Ce sont plutôt des vulnérabilités communes qui expliquent ces parcours. Ce qui définit la dépendance, ce n’est pas l’enchaînement des produits, c’est la relation qu’on entretient avec eux.»
Des produits, des risques différents
Toutes les substances ne présentent ni les mêmes effets ni les mêmes dangers.
Thomas Urben distingue trois grandes familles: les stimulants (cocaïne, amphétamines), les dépresseurs du système nerveux central (alcool, opioïdes, benzodiazépines) et les perturbateurs des perceptions (cannabis, LSD, kétamine).
Selon leurs spécificités, ces produits sont recherchés pour stimuler l’organisme, intensifier les sensations ou apaiser une anxiété, voire mettre à distance des émotions douloureuses.

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Ces différences de risques se retrouvent notamment avec la kétamine. Utilisée en médecine comme anesthésiant, cette substance est également détournée à des fins récréatives.
Un usage parfois festif pouvant évoluer vers une consommation problématique, comme en témoigne la forte augmentation des prises en charge liées à la kétamine en Suisse romande.
Outre le risque de dépendance, elle peut provoquer des épisodes de dissociation, une perte de contact avec l’environnement qui rend la personne particulièrement vulnérable.
Le protoxyde d’azote, ou gaz hilarant, reste peu présent dans les consultations d’Addiction Valais. Il n’est pourtant pas inoffensif: son inhalation peut entraîner de graves atteintes neurologiques, même sans dépendance.
Les dangers d’un produit ne se résument donc pas à son potentiel addictif.
Face à une consommation qui interpelle ou inquiète, inutile d’attendre que la situation ne s’aggrave. Addiction Valais propose des consultations gratuites, y compris pour faire le point sur ses habitudes de consommation.
«L’enjeu n’est pas seulement de s’affranchir d’une substance, mais de comprendre la place qu’elle a prise dans le quotidien afin de retrouver une liberté de choix.»
Source: Le Nouvelliste